Ecrire : l'angoisse de l'inspiration

Ecrire : l'angoisse de l'inspiration

          « Je n'ai pas d'inspiration ! » Combien de fois cette phrase a-t-elle été prononcée dans la bouche d'un auteur en manque d'idées ? L'angoisse de ne plus pouvoir écrire ! Le syndrome de la page blanche, la hantise de tous les écrivains et des intellectuels. Qu'est-ce que vraiment l'inspiration ? Comment la trouve-t-on ? D'où vient-elle ? Disparaît-elle vraiment ?
 

          On parle d'inspiration alors que beaucoup ne savent pas ce que c'est et ne connaissent pas ses mécanismes. D'un point de vue étymologique, le mot inspiration vient du latin inspiro qui veut dire « souffler dans... », « faire naître ». Ce serait un souffle extérieur à nous-mêmes dont le seul but est de faire naître des idées. Les mécanismes de l'inspiration sont très divers. L'inspiration la plus redoutable est celle qui se manifeste chez une personne qui est prédisposée à observer le monde de manière permanente. Plus vos sens seront en alerte face à la vie qui vous entoure, plus vous aurez matière à trouver des idées. Néanmoins, il n'y a pas d'inspiration isolée. Elle doit suivre une direction. Par exemple, un auteur peut se dire : « Aujourd'hui je veux écrire sur la solitude ». Il s'est donc imposé un thème et tout ce qu'il verra de ce monde, ira dans la direction de ce thème. A lui d'ajuster la situation qu'il observe dans la direction du thème qu'il a choisi. Si l'auteur voit un homme seul à une terrasse de café, il lui suffira seulement de décrire sa posture, son regard, ses gestes et la mélancolie qui se dégage à travers des éléments extérieurs (le ciel gris, la ville qui se déchaîne à travers tous ces gens qui vont chacun à leurs occupations, les sans-abri, etc). Par contre, s'il décide de changer de thème, l'auteur peut transformer la situation. S'il veut parler d'amour, il peut décrire le même homme assis à une terrasse de café. Il peut parler des beaux habits qu'il porte, du parfum qu'il vient de mettre, du cadeau posé à côté de son café qu'il souhaite offrir à la femme qu'il attend. Même si le ciel est gris, il peut dire que le gris du ciel ne change rien à la lumière d'amour qu'il porte en son cœur. La situation inspire et le thème donne la direction. Il est parfois possible de décrire seulement la situation sans y coller un thème. Là ce n'est plus de l'inspiration, c'est seulement une description qui va être embellie par les qualités rédactionnelles de l'auteur.
 

          Ensuite, il existe l'inspiration subite. Elle vient sans aucune observation. Elle est provoquée par la réflexion. En pensant à de beaux ou mauvais souvenirs, on a comme le cœur qui tremble, comme si une force t'emmenait et te disait : « Lève-toi ! Prends un stylo et écris ! » A ce moment-là, il faut écrire tout ce que le cœur renferme sans se soucier de la forme. Une fois que le cœur a épuisé ses mots, la raison doit relire le texte à froid et mettra de l'ordre dans les idées. L'inspiration se nourrit, elle s'alimente par l'amour du monde. Dans l'action de « faire naître » quelque chose, il y a l'envie de partager. Il existe donc un aspect altruiste dans l'inspiration car si on donne trop de place à l'ego, ce sera une inspiration aliénée. Si on commence à écrire en se disant : « Que vais-je écrire pour plaire ? », on se trompe de direction. Mais il faut se dire : « Que vais-je écrire qui puisse m'élever et élever les autres ? » On prête à l'inspiration quelque chose de divin, voire quelque chose de sacré, comme un souffle qui nous est offert, comme un cadeau. En prendre soin c'est l'embellir et l'offrir, et le corrompre c'est le pousser à servir nos propres intérêts. Le don se partage, il ne se garde pas.
 

          Enfin, on remarque aussi quelque chose de très particulier : l'absence d'inspiration est elle-même une inspiration. On se rend compte alors que l'inspiration possède une autre facette. Elle n'est pas seulement ce souffle qui peut venir de l'extérieur, mais elle est d'abord l'expression de ce que notre cœur ressent. Quand notre cœur se sent vide et incapable d'écrire, il faut mettre des mots sur cela. Donc, même quand on ne ressent rien, il faut dire qu'on ne ressent rien. Voici un exemple. Une jeune femme en manque d'inspiration a écrit ceci :
 

          « Oui, parfois j'ai envie (d'écrire), mais rien ne sort. Parce que je ne sais même pas quoi écrire, quel sujet, quel but ? »
 

          Avec seulement cette phrase, il est possible d'écrire un texte de deux pages. Elle a pourtant « envie d'écrire », mais elle n'y arrive pas. C'est comme quelqu'un qui est devant une porte mais qui ne sait pas comment l'ouvrir : « J'ai envie d'entrer, mais je ne sais pas comment ».
 

Prenons la première phrase :
 

« Oui, parfois j'ai envie (d'écrire), mais rien ne sort. »
 

Avec un peu d'inspiration et un peu d'imagination voilà ce qu'on peut écrire :
 

          « Je suis assise là, comme plantée dans un décor qui m'angoisse. Je me saisi de ma plume pour vous dire ce que mon cœur ressent. J'ai envie de tellement partager de beaux sentiments. Mais ma plume est aride, elle est sèche, l'encre ne coule pas. Je n'y arrive pas. Rien ne sort. J'ai juste l'impression que mon cœur est endormi ou éteint. J'aimerai le réveiller et le révéler pour simplement faire sortir un peu de lumière, un peu de paix, un peu d'amour que j'offrirai autour. »
 

          Une ligne a permis d'en écrire cinq. Mais cette ligne renferme une émotion qu'il faut savoir capter pour y mettre des mots. Et l'inspiration, comme nous l'avons dit plus haut, nécessite que le cœur de l'auteur ait une prédisposition naturelle ou acquise pour aspirer et ressentir les émotions. L'inspiration n'a pas de sens si le cœur est absent. Elle est un souffle qui apaise et qui transporte le lecteur dans un monde particulier. Il suffit simplement d'exprimer ce que le cœur ressent. Les mots sont au service des émotions. Il faut les apprendre, il faut les aimer et les faire aimer. C'est un « travail des émotions », comme lorsqu'on travaille la terre. La première couche est parfois dure. On creuse la terre, on en fait sortir des morceaux épais et lourds mêlés à des pierres. Et plus on creuse, plus la terre devient fine, pur et agréable au toucher. Apprendre à regarder avec les yeux du cœur, c'est éduquer son cœur de manière à extirper les cailloux qui endurcissent la terre fine et fertile que nous possédons à l'intérieur.


Khalid MOSSAYD, 11 Juillet 2017


11/07/2017
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